FLOZ

Thomas Gosset and «Burn Out !»

 

 

Thomas Gosset dit toums 33ans travaille et vit entre Bordeaux, Berlin et Paris .

Nous avons rencontré Thomas Gosset par hasard, et nous avons lui demandé ces trois questions sur sa dernière œuvre:

 

Floz Visions: “Burn Out” est totalement différent de tes œuvres antérieures. Quels ont étés les passages que t’ont porté à ce changement?

Thomas Gosset: Je pense que cela est le résultat de plusieurs facteurs, depuis le début de ma relation avec la photographie je cherchais l’absurde dans le réel. Je tentais de traduire ce qui m’animait au travers de mon opercule et je dois avouer que j’ai obtenu cela en y laissant mourir pas mal de mes utopies. Cependant, cette position artistique m’a amené  plus loin que je ne l’avais espéré lorsque j’ai commencé à photographier mes semblables. J’ai beaucoup voyagé en suivant un processus totalement incontrôlable. La photographie est un medium qui s’écrit en partie de lui-même car il y a tellement de paramètres techniques et circonstanciels qui entrent en jeu, qu’il est difficile de tout maitriser. Pour ma part ce fut un long glissement vers une recherche totalement introspective.

 Puis il y a deux ans, j’ai décidé de partir de chez moi pour m’installer à Berlin, j’étais invité par un artiste local que j’avais rencontré à bordeaux. Donc j’ai déplacé ma maison mais sur le chemin, je me suis fait voler une partie de mes affaires qui malheureusement, contenaient presque l’ensemble de mes travaux artistiques... tout à été détruit. J’ai retrouvé un carnet de notes et quelques bouts de pellicules autour d’une poubelle en plein Paris.  J’étais sur le point de sortir un livre, je voulais le finaliser sur place, je travaillais sur les derniers espaces de liberté des points de vue, artistique, musical, etc.. J’y mêlais mes propres questionnements … des travaux que je réalisais depuis quelques années. Inutile de préciser que les miens ce sont donc réduits drastiquement. Je suis ainsi arrivé les mains vides avec l’envie de tout envoyer balader. Mais un élan de solidarité de la part d’amis et de personnes inconnues m’a permis de me relancer en m’envoyant de l’argent pour que je puisse acheter du matériel photo et de la pellicule.

   Après cet épisode je me suis posé dans ma chambre berlinoise pour réfléchir et faire autre chose, mais cela n’a pas duré longtemps. Je me suis remis à photographier de manière compulsive  puis un nouveau mode de pensée et une nouvelle démarche radicalement opposés aux précédents se sont imposés rapidement. C’en était fini de ma vie de photographe soucieux de ses productions, je ne conservais plus mes films avec minutie. Evidemment, à quoi cela sert il si tout ce temps passé à parcourir le monde pour trouver quelque chose d’intéressant, finit dans une poubelle… Ainsi, je les développais salement  en rentrant de soirée sans respecter aucune procédure normée, ils commençaient  à s’accumuler en jonchant le sol de ma chambre, parfois même  je marchais dessus et je m’en foutais totalement.  Puis bien plus tard, en regardant certains de mes clichés je me suis rendu compte que le rendu était intéressant et que cela traduisait plutôt fidèlement les émotions qui me traversaient. J’ai donc tenté de reproduire « ces accidents » en utilisant dans la cuisine tout ce qui me passait sous la main. Et c’est ainsi que ces images sont nées.

 

Floz Visions: Vous utilisez une technique très particulière que vous avez créée personnellement. Pouvez-vous nous expliquer comment-elle fonctionne?

Thomas Gosset: Alors je n’expliquerai évidement pas ce que je fais par contre je conseillerai à tout ceux qui veulent vraiment se faire plaisir de créer leurs propres cuisines. Quand on se fait à manger, on achète des produits que l’on aime et on les cuisine à son gout.  En art c’est la même chose, en débutant, on essaye de suivre et de reproduire les recettes des cuisiniers que l’on considère vraiment et puis au final on agrémente ses plats avec ses propres saveurs. Cependant  je peux vous dire que la procédure est longue,  en partie incontrôlable et aléatoire. C’est une synthèse picturale, chimique et mécanique.

 

Floz Visions: Qu’est-ce que signifie pour vous “burn (bruler)” une image?

Thomas Gosset: Ca veut tout et rien dire du tout à fois, le burn out est un état mental, une phase émotionnelle bancale où l’esprit ne peut s’affranchir de certaines règles et subit des pressions qui lui sont imposées. Par ailleurs, la société aussi peut vivre un burn out. Je pense qu’en ce moment nous sommes saturés d’images d’une violence  ou d’une banalité insondables. Depuis les surréalistes, les dadaïstes nous avons compris toute  l’absurdité du monde.  Je ne dis pas qu’il faudrait tout bruler et d’ailleurs mes images ne le sont pas, je travaille dessus par addition ou soustraction et de toute façon je n’ai pas besoin de les bruler, tout brule déjà. La guerre est partout, les démocraties s’affaiblissent devant les phénomènes religieux et financiers, les idées alternatives sont muselées, les espaces de liberté psychiques et physiques se raréfient… De plus, hormis le fait que je suis un citoyen disons « attentif » et que je donne mon  opinion avec un bulletin de vote, et bien je n’ai aucune solutions à apporter à tout cela. Ca me dépasse totalement et de ce fait, je ne vois pas comment dans ce contexte là, je pourrais photographier une nana à poil correctement ou faire le portrait d’un ami normalement, ce serait totalement incohérent, voir même stupide. Moi-même j’ai un boulot pas tres très passionnant, j’ai des cartons avec des affaires et des œuvres disséminées un peu partout,  je vis un peu en décalage avec la majorité des gens que je connais alors bon… finalement pourquoi je ne brulerais pas mes images en plus ? Parce que j’ai un appareil photo et un pinceau et que cela me porte un peu même si parfois, comme le dirait la chanson je me dis : let it burn let it burn let it burn let it burn…